Négocier la norme : discours, usages, idéologies
Numero tematico doppio curato da Benjamin Peter (Université de Kiel) e Verena Weiland (Université de Bonn).
Numero tematico doppio curato da Benjamin Peter (Université de Kiel) e Verena Weiland (Université de Bonn).
Benjamin Peter (Université de Kiel) et Verena Weiland (Université de Bonn)
Sommario : La langue est indissociable des dynamiques sociales dans lesquelles elle s’inscrit. Elle ne se réduit jamais à un simple instrument de communication, mais fonctionne comme un objet symbolique chargé de valeurs, de tensions et de représentations. À chaque moment de l’histoire linguistique, les normes qui régissent l’usage sont soumises à des négociations. Ces négociations apparaissent notamment lorsque des règles en vigueur perdent de leur légitimité ou de leur adéquation à de nouvelles pratiques sociales, comme dans le cas des débats sur l’orthographe, ou lorsque des besoins émergents appellent à l’élaboration de nouveaux référents normatifs, par exemple autour du langage inclusif ou sensible au genre.
Benjamin Peter (Université de Kiel)
Sommario : L’objectif général de cet article est de mettre en contraste les différentes théorisations des normes linguistiques. En partant des branches de la linguistique structurale, l’article montre comment les normes linguistiques sont conçues dans la linguistique anthropologique. Alors que la première sépare l’usage linguistique des locuteurs et locutrices et tente de décrire et d’analyser les structures linguistiques qui composent les différentes normes linguistiques, la linguistique anthropologique ainsi que la sociolinguistique qualitative et la pragmatique se concentrent sur les fonctions sociales liées au contexte et sur les implémentations idéologiques des signes linguistiques. Ainsi, dans la linguistique anthropologique les normes linguistiques peuvent être conçues plus largement comme des normes de conceptualisation et de structuration du comportement social, dont le comportement linguistique fait partie intégrante. C’est donc la fonctionnalité sociale des normes et les signes qui les composent qui sont théorisés dans cet article. Afin de démontrer leur fondement social, l’exemple « J’aime right ton accent » en français acadien est analysé de façon détaillée.
Sybille Große (Université de Heidelberg)
Sommario : Le discours normatif joue un rôle prépondérant dans les discours par rapport à la langue et à son usage. Cela vaut pour le discours préscientifique, non-scientifique, mais aussi scientifique. Le rapport entre la ‘langue’ et la ‘norme’ peut d’une manière générale être décrit comme ambivalent dans ces discours. Mais pourrait-il être conçu et mis en scène dans la construction discursive comme une relation imprégnée d’hostilité ? C’est la question générale qui guidera notre analyse fondée sur une documentation diversifiée, incluant des Remarques sur la langue française aux XVIIe et XVIIIe siècles et des chroniques de langage et des critiques du français dans le XXe siècle. Nous nous demanderons également dans quelle mesure les éventuelles attributions et représentations hostiles sont motivées idéologiquement et sont donc l’expression du rapport entre les pratiques langagières et les positionnements sociaux.
Karina Slunkaite (Université de Heidelberg)
Sommario : Nous avons analysé la fonction des dénominations de langues dans le discours normatif des remarques du XVIIe siècle et des Remarques sur les germanismes d’Éléazar de Mauvillon (1753 [1747], 1754). Partant du constat que certaines dénominations semblent descriptives mais remplissent une fonction normative, l’analyse identifie les dynamiques évaluatives associées à différentes langues. Les résultats montrent que les dénominations sont utilisées de manière normative, mais que le degré de prescriptivité varie selon le groupe de langue et son statut. Une divergence significative apparaît dans l’usage des dénominations des langues germaniques : dans les remarques du XVIIe siècle, elles sont employées de manière descriptive, alors que Mauvillon les emploie de façon fortement prescriptive, ce qui reflète l’impact de l’idéologie linguistique sur la conception du discours normatif dans diverses œuvres.
Mirjam Sigmund (Universität Tübingen)
Sommario : La question de départ de cet article est de savoir si le langage de la presse en France est affecté par un processus de colloquialisation. Étant donné que la situation diglossique du français actuel est caractérisée par une séparation stricte entre l’écrit et le parlé, et que la norme prescriptive apparaît comme étant très stable, un changement massif est peu probable. Toutefois, un changement dans le sens d’une colloquialisation concernant des phénomènes d’oralité qui ne sont pas vus comme des déviations de la norme semble plus probable. L’article examine la façon dont Yves Agnès aborde ces tendances à la colloquialisation dans son Manuel de journalisme. Outre la mention explicite du « bon usage » et la critique du « mauvais usage », l’accent est mis sur la lisibilité et les recommandations visant à une écriture créative sont examinées. L’analyse met en évidence que les recommandations du manuel, qui visent en premier lieu une bonne lisibilité, oscillent entre des commentaires puristes et une ouverture surprenante en ce qui concerne les innovations linguistiques.
Arianne des Rochers (Université de Moncton)
Sommario : Le présent article se veut une exploration théorique de la notion de frontière linguistique, propre à l’idéologie européenne et coloniale de la langue qui définit à ce jour l’approche dominante au langage en contexte colonial canadien, par l’entremise de la traduction. Réfutant l’idée reçue selon laquelle la traduction découle des frontières linguistiques, et avançant plutôt selon l’hypothèse que la traduction est précisément l’une des activités principales qui créent ces frontières, l’article suggère qu’une transformation des conceptions occidentales et coloniales du langage devra passer par une définition radicale de la traduction. L’article explore d’abord la centralité de la frontière dans la définition moderne de la traduction, avant de retracer les grandes lignes du régime discursif colonial sur la langue. Puis, l’article explore le rôle de la traduction dans la (re)production des frontières linguistiques de nos jours, et offre des pistes pour une redéfinition de la traduction, dans une visée postlingue et décoloniale.
Elmar Eggert (Université de Kiel)
Sommario : L’Internet interactif offre aux locuteurs et locutrices la possibilité de commenter la variation linguistique des énoncés issus de contextes géographiques et sociaux divers, auxquels ils sont exposés. Les plateformes numériques ne se limitent pas à favoriser les échanges sur les usages linguistiques : elles deviennent également des espaces de discussion et de négociation des normes. Les participants à ces débats adoptent fréquemment des positions normatives fortement affirmées. C’est dans cette perspective qu’un projet développé à l’Université de Kiel, présenté dans l’article, s’attache à analyser ces discours normatifs selon une approche comparative, dans le but de dégager les spécificités propres à différentes cultures linguistiques. L’article met en lumière un glissement progressif dans la conception même de la norme : les instances traditionnelles de régulation linguistique voient leur autorité de plus en plus contestée par une partie des usagers, qui formulent des revendications normatives fondées sur des arguments d’ordre social. Ce phénomène témoigne d’un processus de normativisation désormais façonné selon une dynamique plus participative et transnationale.
Katharina Fezer (Universität Tübingen)
Sommario : Notre contribution porte sur le discours métalinguistique et méta-épistolaire au XVIIe et au début du XVIIIe siècle en France. En analysant six manuels épistolographiques à l’aide du modèle du discours normatif établi par S. Große, nous cherchons à savoir comment ces textes articulent les normes, s’ils diffèrent les uns des autres à cet égard et si une évolution diachronique peut être constatée. Il ressort de notre étude que tous les textes présentent une grande richesse de formulations (plutôt) prescriptives et (plutôt) descriptives, mais que ces formulations doivent néanmoins toujours être lues dans leur contexte afin de saisir leur pleine force prescriptive. En outre, les textes imprimés plus récents semblent avoir tendance à recourir plus souvent à des formulations explicitement prescriptives. Enfin, nous esquissons les grandes lignes de la forme que pourrait prendre une future analyse quantitative assistée par ordinateur, susceptible de fournir des résultats encore plus précis.
Franz Meier (Université d’Augsburg)
Sommario : En Belgique francophone, les chroniqueurs de langage ont été parmi les principaux représentants d’un mouvement de rectification langagière. En raison de leur approche prescriptive, qui dominait dès la naissance du genre, au début du 20e siècle, jusqu’aux années 1980, les chroniques ont contribué à alimenter le rapport conflictuel qu’ont longtemps entretenu les Belges avec leur variété de français. L’objectif de cet article est d’examiner la construction discursive de l’autorité déontique dans des chroniques belges à tendance prescriptive. Plus particulièrement, nous nous concentrerons sur les moyens linguistiques utilisés par les chroniqueurs pour se positionner à l’égard des actions à prendre en matière de « bon » usage de la langue. Dans ce cadre, les usages commentés peuvent être décrits comme étant plus ou moins obligatoires, facultatifs, permis ou interdits. L’analyse qualitative repose sur un corpus de billets publiés entre 1922 et 1956 dans les chroniques de Joseph Deharveng et de Philippe Baiwir.
Chantal White (Université Sainte-Anne)
Sommario : Paru pour la première fois en 1988, Le Parler de la Baie Sainte-Marie : le vocabulaire de Marc et Philippe de Félix Thibodeau (1988) s’inscrit dans un effort collectif, amateur et délibéré de singularisation du français parlé au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Comme d’autres initiatives de ce que des linguistes ont nommé le métalangage populaire (Preston 2004), Le parler de la Baie Sainte-Marie et les ouvrages qui lui ont succédé contribuent à construire la variété, l’isoler des autres formes de français parlé en Acadie et en figer certains traits comme étant spécifiques à la région (Johnstone 2006). À travers ce qu’Asif Agha (2005 : 38) a appelé un processus « d’enregisterment », ces traits en viennent ensuite à symboliser l’identité et la culture acadienne de la Baie Sainte-Marie. Afin de mieux comprendre comment certains traits linguistiques en sont venus à s’imposer comme emblématiques de la variété qu’on reconnaît maintenant comme l’acadjonne, cet article s’intéressera à quatre initiatives de description linguistique populaires parues depuis 1976 dans la région.
Luana Sommer (Université de Giessen) et Marc Chalier (Sorbonne Université)
Sommario : Le présent article porte sur les attitudes à l’égard de la réforme de la politique linguistique du Mali dans le cadre de la constitution de 2023, qui remplace le français en tant que langue officielle par treize langues nationales. Nous nous appuyons sur un corpus de 1003 commentaires publiés sur X. Les discours montrent un large soutien au président de la transition, Assimi Goïta, et une valorisation de la souveraineté nationale et du panafricanisme. De manière quelque peu surprenante, la langue ne constitue pas le thème central des échanges, mais les discours témoignent tout de même d’un rejet du français en raison de ses connotations coloniales ainsi que de préoccupations concernant la représentation équitable des langues nationales. Si la question langagière devient marginale après l’adoption de la constitution, quelques critiques persistent contre le maintien du français dans les communications officielles, accompagnées d’appels à revaloriser les langues nationales.
Giuseppe Zarra (Università degli Studi di Bari “Aldo Moro”)
Fonte :
Baldi, Benedetta (2023), Le parole del sessismo («Pillole. Linguistica», 17), Firenze, Cesati, 2023, 136 p. [ISBN: 979-12-5496-102-5]
Marco Gargiulo (Universitetet i Bergen)
Fonte :
Baldi, Benedetta (2023), Le parole del sessismo («Pillole. Linguistica», 17), Firenze, Cesati, 2023, 136 p. [ISBN: 979-12-5496-102-5]